TUTTI !
Musiciens des orchestres et des chœurs des maisons d’opéra, ne laissez pas votre avenir se jouer sans vous.

Oui, un soutien aux ensembles spécialisés est indispensable mais pas au prix d’une fragilisation des structures permanentes

Au-delà de la crise COVID, depuis plusieurs années, les ensembles musicaux adhérents de la FEVIS et, en particulier, les ensembles «spécialisés» sont comme la plupart des structures culturelles, lourdement impactés par les baisses des financements des collectivités territoriales. Même si certaines d’entre elles sont financées à hauteur de 30% par le Ministère de la Culture, beaucoup sont dans une situation d’extrême fragilité. Dans une interview accordée à la Lettre du Musicien consacrée à la situation de crise des ensembles baroques, Céline Portes, déléguée générale de l’ensemble Correspondances déclarait : « On est en sous-structuration permanente, les subventions ne couvrent même pas le fonctionnement, déjà très réduit […] Nous sommes davantage dans une logique de survie que dans une logique de pérennisation. »

À cette paupérisation des ensembles «indépendants», vient désormais s’ajouter une question presque identitaire : les chefs «pionniers» de ces formations vieillissent et la question de leur pérennité se pose lorsqu’on sait à quel point le soutien exercé par la DGCA et les collectivités territoriales s’est toujours organisé autour d’une fascination pour LE créateur incarnant à lui seul le projet artistique plutôt qu’autour des missions de ces ensembles.

Ce constat de crise, semble partagé par tous à la fois les organisations patronales, le ministère de la culture mais aussi les artistes membres de ces ensembles dont le volume d’emploi ne cesse de se réduire.

Le SNAM-CGT avait depuis longtemps identifié les germes d’une telle fragilité : un modèle économique reposant majoritairement sur le mécénat (par nature aléatoire), un régime d’emploi basé sur l’intermittence qui rend ces structures peu à même de s’inscrire dans des missions territoriales, un culte de la personnalité des chefs qui rend l’existence de ces ensembles totalement dépendante de la présence ou du bon vouloir de leur mentor…

Plutôt que de questionner ces fragilités, d’envisager de modifier le modèle économique et social (aucun droit syndical, précarité et chantage à l’emploi, toute puissance des directions artistiques…), l’option privilégiée par les intervenants du colloque de la FEVIS est celle de la stratégie du bernard-l’hermite : imposer aux opéras permanents une ponction sur leurs budgets pour l’accueil des structures dites indépendantes.

Donner les moyens aux ensembles spécialisés de développer leurs activités sans détruire les maisons d’opéra permanente, tel sera le principal enjeu de la mission Sonrier, et on comprend mieux pourquoi, les artistes des ensembles permanents sont volontairement écartés des groupes de travail qui traiteront cette question.

Mars 2021

Cet article fait partie d’un dossier TUTTI ! en 5 chapitres, dont voici la liste :

TUTTI ! : Introduction

TUTTI ! Du colloque new deal à la mission Sonrier 

(Cette page) TUTTI ! Oui, un soutien aux ensembles spécialisés est indispensable mais pas au prix d’une fragilisation des structures permanentes

TUTTI ! Mission «orchestres symphoniques» : vers un nouveau pacte pour poursuivre le plan Landowski ou pour revoir à la baisse les conditions de travail des musiciens ?

TUTTI ! Quelques témoignages parmi beaucoup d’autres recueillis au cours de ces derniers jours attestent de l’apport essentiel des artistes lorsqu’il s’agit de l’avenir de nos professions. Nous attendons les vôtres avec impatience…