Motion : Les violences dans le milieu de la musique
XXIVè Congrès du Snam-CGT, 12 et 13 mai 2025, Tours
Ces derniers mois ont mis en lumière de très nombreuses situations de violence dans le secteur musical. Les violences sont diverses : agressions sexuelles, viols, harcèlement moral et/ou sexuel. Elles touchent tous les musiciens et musiciennes quels que soient leur esthétique musicale, leur type d’employeur ou encore le type d’endroit ou iels pratiquent leurs métiers. L’impunité reste présente dans la majorité des cas malgré les témoignages et l’après metoo. Il est urgent de considérer cette question dans sa globalité et de comprendre les mécanismes d’emprise, les comportements dominants ou encore les situations à risques à l’origine de toutes ces violences.
Les conséquences sont gravissimes pour les femmes et les hommes qui en sont victimes.
En première ligne, on y retrouve toujours une dégradation de la santé mentale accompagnée d’un fort impact sur l’évolution de carrière des artistes interprètes ou enseignants et sur leurs conditions de travail. Autant de raisons qui devraient inciter un syndicat d’artiste à analyser ces situations, réfléchir à des dispositifs de prévention, avoir un regard critique afin d’améliorer ce qui existe et enfin innover face aux spécificités de nos métiers.
La formation d’un·e musicien·ne commence dès l’enfance. Les conservatoires et les écoles de musique sont les endroits ou débute la normalisation de comportements inadaptés pouvant aller jusqu’à engendrer des violences morales, psychologiques, physiques ou sexuelles. En effet, le face à face pédagogique permet des comportements inadaptés, avec les enfants en particulier, qui n’ont aucun moyen d’échapper à leur agresseur. Pourrait-on encourager les conservatoires à changer cette pratique et à bannir les cours individuels ? Les relations d’autorité et de pouvoir sont potentiellement propices à générer un phénomène d’emprise qui est à la fois un système et une relation, très fréquent chez les mineur·es et jeunes étudiant·es.
Les particularités du milieu musical créent un terrain fertile pour les violences.
La précarité des musiciens et musiciennes est une norme à la vue de l’extrême précarité des intermittents et des 56% de contractuels enseignants artistiques dans la fonction publique territoriale. Les plaintes sont rares malheureusement ! C’est le même enseignant-abuseur qui devient le chef-abuseur de l’orchestre ou encore le formateur-abuseur d’un stage qu’on retrouve également dans un jury. Le black listage est très puissant.
Le constat sur les conditions de travail des femmes musiciennes est accablant !
La non-mixité dans les musiques actuelles reste très présente. Encore aujourd’hui, il y a seulement 10% de musiciennes dans le jazz alors qu’en 2023, il y n’avait que 14 % de femmes sur scène dans les 100 plus gros festivals (Source CNM). Le physique des femmes musiciennes reste trop souvent un critère d’emploi toutes esthétiques confondues. Entre les instrumentistes qui dépendent de la cooptation masculine pour travailler et les chanteuses qui subissent les discriminations physiques et de l’âge, faire une carrière jusqu’à la retraite tient de l’exploit. Les artistes féminines sont toujours moins financées, moins programmées et moins primées. La fragilisation des carrières des femmes est due à toutes ces inégalités qui engendrent souvent des violences économiques. Les politiques d’égalité sont totalement oubliées alors qu’elles sont un outil de prévention majeur contre les VSS.
Les plaintes sont peu nombreuses comparées aux témoignages reçus par le Snam lors des enquêtes de 2017 et 2023. L’impunité règne sur la musique. Les raisons pour lesquelles on ne porte pas plainte sont pléthore : Peur d’être blacklisté·e, peur du pouvoir de l’agresseur, amnésie traumatique, délais de prescription trop courts… Bien qu’il existe des protocoles de signalement, des accords collectifs, des réglementations du droit du travail, des obligations pour l’employeur, de la prévention, des actions de sensibilisation, de formation, une cellule d’écoute… Ça continue !
On peut se poser la question du dysfonctionnement des gardes-fous mis en place et la nécessité de les améliorer. Souvent il faut les créer car il n’existe encore que très peu de dispositifs contre les violences dans les conservatoires et écoles de musique à destination des élèves mineurs et majeurs et du public (Dispositifs qui ont dorénavant un caractère obligatoire, confère le Snop 2023). De plus, nous savons à quel point il est délicat d’accueillir la parole des mineurs. Tout est à faire sur ce sujet !
Devant les dégâts catastrophiques sur les victimes qui ont tellement de mal à se réparer, ne serait-ce pas le moment d’élaborer des dispositifs de prévention ? La notion de continuum de violence nous montre que les violences morales, psychologiques ou économiques sont toujours présentes en amont et en aval des agressions sexuelles et des viols. Une agression est en fait l’aboutissement d’une chaîne de violences qui peut commencer simplement par des blagues sexistes et autres agissements jugés anecdotiques. Cela montre à quel point nous devons combattre le sexisme et tous types de discriminations allant de l’agissement sexiste jusqu’au crime en passant par le délit.
Le sexisme est une manifestation des rapports de force historiquement inégaux entre femmes et hommes conduisant à la discrimination et empêchant la pleine émancipation des femmes dans la société. Il est le point de départ des féminicides et des violences sexuelles. Il favorise donc à terme l’expression de formes plus graves de violences. Il est important d’apprendre à repérer et à réagir aux actes sexistes, y compris des paroles ou attitudes qui paraissent inoffensives parce qu’elles sont banalisées. La prévention des risques ne peut se passer d’une fine compréhension de l’origine des violences et de l’ensemble des mécanismes qui permettent leur développement.
Nous pensons qu’il faut de manière urgente travailler à créer et améliorer un certain nombre d’outils de prévention et de sanction dans tous les lieux qui accueillent des artistes interprètes et enseignants. Cela peut-être un conservatoire, une école de musique, un théâtre, un orchestre, une institution musicale, une compagnie… Une plate-forme revendicative doit être défendue au niveau des pouvoirs publics et des organisations d’employeurs. Cette plate-forme doit inclure la prévention, le traitement des signalements des VSS, la formation, la sensibilisation. Les politiques d’égalité doivent être inclues dans les actions de prévention.
Nous revendiquons :
- L’amélioration des dispositifs de prévention, de traitement des signalements, d’accueil de la parole dans tous les lieux ou les artistes interprètes et enseignants travaillent. Nous devons inclure les témoins et « ceux qui savent » dans ces dispositifs. Nous avons besoin de moyens pour la formation des référents sexuels des CSE et CST. Les dispositifs de prévention doivent agir sur les violences en amont des viols et des agressions sexuelles ;
- Une meilleure prise en charge psychologique des victimes ;
- Une révision des délais de prescription qui sont en général trop faibles. La prescription de 6 ans pour agression sexuelle en est le premier exemple ;
- Ouverture de discussions avec le ministère de la culture, le CNM, les Collectivités Territoriales, les Organismes de Gestion Collective et le Gip-Cafés-Cultures sur la modulation des aides en fonction de l’emploi et des rémunérations versées aux hommes et aux femmes. Inciter à la féminisation des plateaux ;
- Un dispositif de signalement pour les élèves mineurs et majeurs dans les conservatoires, les écoles de musique, les maîtrises et les stages ;
- Inciter à des actions de sensibilisation et de formation structurantes pour le milieu de la musique ;
- Inciter à la féminisation des cadres des structures avec lesquelles nous travaillons. Une programmatrice programmera toujours plus de femmes sur les scènes qu’un programmateur.
